« Don Giovanni » Opéra-Théâtre en 2 actes



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C’est de ma position singulière que je souhaite poser un acte, somme toute politique, dans le domaine que je connais et dans lequel j‘évolue… Donner de la voix et voir si ça réagit, si ça se groupe derrière… Cela a déjà commencé en fait, ce « je » singulier est, d’ores et déjà, devenu un « nous » collectif, un « nous » de troupe professionnelle… Alors, je continue et je porte le débat sur l’aire publique, avec cette volonté de réforme qui doit animer tout citoyen désireux de contribuer à la vie de la Cité: ce « nous » va-t-il se transformer en un « nous » encore plus large, un « nous » d‘acteurs et de spectateurs?

Chanteur moi-même - en situation de jeu avec des collègues, sur le plateau -, metteur en scène - de l’autre côté de la barrière, avec des chanteurs à diriger -, pédagogue - avec de jeunes chanteurs des conservatoires supérieurs à former ou des chanteurs professionnels à coacher -, ou simple spectateur - aux côtés de collègues, d’amis mélomanes, d’amis non-mélomanes mais curieux… -, je me suis longtemps questionné sur les impasses de l’art lyrique, sur les raisons de notre insatisfaction à beaucoup, sur notre « souffrance » (toute relative, bien sûr!) à voir ce genre, que nous aimons, souvent maltraité…

Je n’ai pas l’impression d’inventer ni l’eau tiède, ni l’eau chaude, mais il me semble qu’une bonne mise en scène doit pouvoir se faire vraiment oublier; les interprètes, mûs par une direction d’acteur qui les nourrit en profondeur, doivent s’élancer de manière évidente dans la carrière pour nous raconter, avant tout, une histoire; les décors et les costumes doivent contribuer, par leur apport esthétique, à nous transporter dans un univers, à nous révéler, éventuellement, des sens cachés ou des lignes de fond invisibles… Et au lieu de ces mises en scène évidentes et fluides, qui respectent le livret et la musique, qui peuvent être originales et novatrices à tous niveaux sans être tirées par les cheveux, on assiste souvent à des représentations, où des chanteurs, toujours plus jeunes et investis, souvent doués, se démènent avec passion dans tous les sens, où le décor spectaculaire et les costumes fortement connotés nous amènent ailleurs que là où il le faudrait, et où l’action est systématiquement transposée à une autre époque!

Bref, de l’effet, du visuel, du beau chant, certes, mais il me manque l’essentiel… S’il était présent, cet essentiel difficile à nommer, il ferait dire, par exemple, à des enfants, des adolescents ou des adultes venant assister pour la première fois à une représentation d’opéra: « Wouaouh! Je ne m’attendais pas à ça! C’était bizarre au début! Mais, je me suis habitué(e)… c’était bien! ». On l’entend de temps en temps cela, mais trop rarement… Et l’opéra reste confiné dans des milieux sociaux ou des tranches d’âges bien particuliers… Genre prestigieux, il continue à attirer la curiosité, le public se renouvelle toujours d‘une certaine façon, mais de plus en plus lentement, et même les aficionados expriment de plus en plus leur insatisfaction - surtout vu le prix des places! On leur en donne pour leur argent, avec des décors somptueux, des cocktails à l’entracte, mais on ne leur raconte pas d’histoire à laquelle il puisse croire, on ne leur raconte pas une histoire qu’ils puissent comprendre sans avoir lu le livret auparavant ou avoir écouté le CD chez eux avant de venir.

Fort de mon expérience, fort de ce constat, et ayant la présomption d’avoir quelques clefs en main… Après avoir remporté des concours de chant, chanté sur de grandes ou de petites scènes, assisté des metteurs en scène reconnus, animés des stages, des formations, co-dirigé un petit festival, mis en scène plusieurs spectacles et créé plusieurs spectacles lyriques… Je décide de fonder cette Nouvelle Troupe Lyrique avec des chanteurs rencontrés au fil des productions et que je sais animés de cette même passion du théâtre et de l'opéra. « Don Giovanni » de Mozart sera le premier ouvrage porté par cette jeune troupe talentueuse et qui devrait faire date dans le renouveau de l'art lyrique en France.

Pour ce projet novateur et résolument lyrique, notre choix artistique s’est porté sur « Don Giovanni » de Mozart.

Le chef-d’œuvre musical de Mozart est inspiré d'un personnage littéraire mythique, développé par Tirso de Molina puis par Molière. La version nouvelle que nous proposons est dans la lignée du genre opéra-comique (qui n'a rien de comique d'ailleurs, « Carmen » de Bizet en étant l'exemple le plus fameux), où la comédie (les dialogues parlés) alterne avec l'opéra (les airs chantés). Les récitatifs secs, accompagnés à l’ origine au clavecin, seront adaptés en français, et parlés, tandis que les airs et ensembles, accompagnés par l'orchestre, seront chantés, en italien, comme dans l'œuvre musicale originale. Plutôt qu'opéra-comique, nous appelons cela un opéra-théâtre.

En nous inspirant du passé*, où les opéras italiens et allemands étaient connus et diffusés dans notre pays dans des versions françaises intégrales, nous privilégions cette forme mixte pour aller vers un public large et divers, qui n'a plus besoin d'être initié à l'opéra pour oser s'y frotter.

*du passé en France! car en Allemagne, en Angleterre, en Autriche, en Russie et dans les pays de l‘est, où l‘opéra reste vivace et apprécié, ces versions en langue vernaculaire sont encore aujourd’hui habituelles… et tous nos chanteurs français ayant fait de belles carrières, âgés de plus de 70 ans, se souviennent très bien des versions françaises de « La flûte enchantée », de « Traviata », etc.

Puis, l’outil de création adéquat s’est imposé de lui-même : la fondation d’un collectif, la Nouvelle Troupe Lyrique.

Nous nous appuyons sur une troupe créée pour la circonstance afin de développer la dimension théâtrale indispensable à un accès facile pour tous de cet ouvrage lyrique majeur.

Entre tradition et innovation, les choix scénographiques et les costumes contribuent à moderniser le genre, et créent une atmosphère contrastée pour dessiner clairement personnages et situations. La dimension psychologique des personnages est creusée pour tendre à l'universel. La langue retrouve celle de la comédie, que Mozart lui-même tenait à préserver, et le commandeur sera un fil conducteur, comme un maitre de cérémonie.

Jean-Daniel Senesi